Tôt le matin, Akowe Loukou enfile sa blouse blanche et s’approche calmement de ses ruches alignées sous des anacardiers. Monsieur Loukou soulève un cadre rempli d’un miel doré. Souriant, il déclare : « Depuis que j’ai commencé à utiliser des ruches modernes, ma production de miel a bondi plus que jamais. »
Monsieur Loukou est apiculteur à Timbio, à 16 kilomètres au nord-est de Sotouboua, au centre du Togo. Il s’est tourné vers les ruches modernes, afin d’augmenter sa production de miel. Selon ses explications, avant, avec juste quatre ruches traditionnelles en argile, il parvenait à peine à récolter cinq litres de miel par saison. Aujourd’hui, il produit près de 100 litres qu’il vend dans un marché local et même à Lomé. Grâce au miel, il gagne à peu près 500 $ US par an. Ce revenu lui permet de payer la scolarité de ses enfants, d’acheter de l’engrais pour ses champs et d’économiser pour l’avenir.
C’est en 2021 que monsieur Loukou a commencé à utiliser des ruches modernes. Il explique qu’une ruche moderne est faite en bois avec des cadres amovibles où les abeilles construisent leurs rayons. Cette technique facilite la récolte sans qu’il ne faille détruire les cadres ou nuire aux abeilles. Cependant, une ruche traditionnelle est faite en terre. On récolte le miel en enfumant les abeilles, ce qui détruit le couvain, tue les abeilles, réduit la production et peut même entraîner des feux de brousse.
Monsieur Loukou a suivi une formation dans le cadre d’un projet agricole axé sur l’apiculture moderne d’une coopérative, dont il est membre. Il a appris des méthodes d’installation, d’entretien de ruches modernes, et de récolte de miel avec des facilitateurs du projet. Grâce à cette formation, il a installé 12 ruches modernes.
Il a eu ses ruches par l’entremise du projet MiKaGo, financé par une organisation suisse de services vétérinaires et d’élevage, en partenariat avec des groupements d’apiculteurs et paysans. Il a également bénéficié du soutien du projet que lui a permis d’obtenir des ruches modernes à un coût subventionné grâce à un système de microcrédit mis en place en collaboration avec la coopérative.
À l’instar de monsieur Loukou, des milliers d’apiculteurs et d’apicultrices du centre du Togo transforment leurs moyens de subsistance grâce à la production d’un miel biologique. En adoptant les ruches modernes, telles que la Kenyan Top-Bar et Langstroth, ils augmentent leur production tout en protégeant leurs abeilles.
L’Union régionale des apiculteurs du centre du Togo regroupe plus de 2000 producteurs de miel biologique. Depuis 2019, elle a formé des apiculteurs et des apicultrices et aidé les membres à avoir accès à des ruches modernes, de l’équipement et un financement de partenaires.
Bèzéwapéyélé Ali est apicultrice et membre de la coopérative Bon succès qui œuvre pour la protection de l’environnement autour du parc national Fazao-Malfakassa dans le cadre du Programme d’appui au secteur agricole (PASA). C’est la plus grande aire protégée, couvrant une superficie de 920 kilomètres.
Madame Ali a reçu une formation dans le cadre du projet MiKaGo qui aide les apiculteurs à gérer les petites entreprises apicoles, surtout en ce qui a trait aux techniques modernes, à l’hygiène de production, à la transformation et à la commercialisation. Par cette formation, elle a appris comment gérer sa propre entreprise apicole et elle s’est éloignée de l’abattage des arbres et de la production du charbon de bois. Aujourd’hui, elle gagne un revenu en vendant du miel et de la cire d’abeille, ce qui lui permet de payer la scolarité de ses enfants. Elle déclare : « Les abeilles sont devenues nos meilleures alliées. »
Senyo Kwami Adzohonou préside le Conseil interprofessionnel du secteur apicole du Togo. Il explique que le conseil forme des apiculteurs et des apicultrices dans cinq préfectures bordant le parc national de Fazao-Malfakassa sur la façon d’utiliser les ruches modernes pour améliorer la rentabilité tout en préservant les colonies d’abeilles. Le Conseil de l’apiculture du Togo sensibilise également au rôle des abeilles. Les abeilles dépendent des arbres qui produisent du nectar. Si la forêt disparaît, le miel disparaîtra aussi. Grâce aux efforts de sensibilisation, les apiculteurs et les apicultrices deviennent les premiers gardiens de la biodiversité.
Monsieur Adzohonou ajoute que, dans le passé, la récolte du miel sauvage conduisait souvent à la coupe d’arbres ou à des feux de brousse. Aujourd’hui, avec les formations, les apiculteurs et les apicultrices installent des ruches modernes dans des zones forestières et participent aux activités de reboisement. Ils espacent les ruches le long des corridors de migration d’éléphants qui protègent les cultures et réduisent les conflits entre les humains et la faune. Il déclare : « Les abeilles nous rappellent que la forêt nous nourrit. Nous ne coupons plus les arbres, nous les plantons. »
Grâce aux ruches modernes, des communautés du centre du Togo génèrent des revenus durables tout en devenant des gérants actifs de la conservation de l’environnement. Les abeilles pollinisent, les familles prospèrent et les forêts respirent. Alors qu’il ferme sa ruche, monsieur Loukou termine : « Le miel vient de la forêt, et c’est notre devoir de la protéger. »
source: farmradio


