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Lecture: Opinion : Les milliards cachés qui pourraient transformer l’agriculture africaine
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AGRITORCH > Blog > Actualités > Afrique > Opinion : Les milliards cachés qui pourraient transformer l’agriculture africaine
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Opinion : Les milliards cachés qui pourraient transformer l’agriculture africaine

agritorch
Par agritorch 7 Minutes de lecture Publié 16 avril 2026
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Un simple plat de riz pilaf suffit à montrer les innombrables possibilités du secteur alimentaire africain. Ses ingrédients, du riz tanzanien, de la viande kényane, des épices d’Inde et du Moyen-Orient, proviennent d’un vaste réseau d’agriculteurs, de transformateurs, de transporteurs et de commerçants.

Multiplié à l’échelle d’un continent en plein essor, ce secteur représentera un marché de mille milliards de dollars d’ici 2030. C’est aussi une chance pour les 12 millions de jeunes Africains qui entrent chaque année sur le marché du travail.

En effet, il n’y a pas beaucoup de secteurs qui aient la même capacité de dynamiser l’économie qu’un système alimentaire compétitif. Car au fur et à mesure que les exploitations agricoles gagnent en productivité, la demande augmente au-delà des exploitations agricoles : énergie, stockage, emballage, industrie, ports, transport mais aussi crédit et assurance. Chaque amélioration crée des emplois, réduit le coût de la nourriture et ouvre de nouveaux débouchés commerciaux.

Le continent peut saisir cette occasion en développant un système alimentaire articulé autour de  trois piliers : des infrastructures modernes, des règles claires pour les investisseurs et les agro-industries, et un afflux massif de capitaux privés. Ce sont exactement les priorités de la stratégie pour l’emploi du Groupe de la Banque mondiale.

On estime qu’il faudrait environ 80 milliards (a) de dollars par an jusqu’en 2030 pour établir les bases nécessaires : routes, technologies, formation et recherche. Peu de gouvernements peuvent se permettre une telle dépense. Mais une grande partie de cet argent ne se trouve-t-elle pas déjà là, sous leurs yeux ?

Les gouvernements africains dépensent déjà 17 milliards de dollars par an pour accroître les rendements agricoles et subventionner les prix alimentaires. Ces dépenses produisent cependant des résultats bien trop limités en matière de création d’emplois et de croissance. Elles financent massivement la subvention des engrais, souvent en quantités inadaptées, ce qui favorise la monoculture, épuise les sols et aggrave les émissions de gaz à effet de serre.

Lorsque l’État se substitue aux acteurs privés et encadre les prix, il désorganise aussi les marchés ruraux : distributeurs, financeurs et transformateurs se retirent. Résultat : un système peu productif est maintenu à bout de bras, au détriment de filières plus diversifiées qui pourraient créer des emplois du champ au marché.

Alors que l’Afrique accroît ses dépenses publiques en faveur de l’agriculture, tout l’enjeu est désormais de mieux cibler ces investissements. Car une réorientation des subventions vers des semences améliorées, des engrais adaptés, des équipements modernes et des pratiques agricoles plus résilientes face au climat pourrait multiplier par trois la productivité agricole du continent.

Un tel changement rendrait le secteur beaucoup plus attractif pour les investisseurs privés et stimulerait la croissance tout au long de la chaîne de valeur — de la production à la transformation et à la commercialisation. C’est précisément l’objectif d’AgriConnect, une initiative qui vise à accompagner 300 millions de petits exploitants pour leur permettre de mieux s’insérer dans ces chaînes de valeur.

De nombreux pays ont déjà amorcé ce virage. Partout sur le continent, les gouvernements revoient leurs dispositifs de soutien afin que chaque dollar d’argent public produise davantage de valeur, à la fois pour les agriculteurs et pour les contribuables. Les politiques agricoles évoluent ainsi : on ne se limite plus à subventionner un intrant unique, mais on propose des ensembles cohérents — semences, équipements, accès au crédit et conseils agronomiques adaptés — souvent déployés via des plateformes numériques..

En Zambie, par exemple, des bons électroniques permettent désormais aux agriculteurs de choisir leurs intrants à l’aide d’un smartphone ou d’une carte de paiement. Une évolution qui incite les fournisseurs à élargir leur offre… et à recruter. Au Sénégal, les subventions aux intrants cèdent progressivement la place à des investissements de long terme : irrigation, formation des agriculteurs, soutien aux coopératives. Au Malawi, un registre numérique des exploitations agricoles  permet de cibler plus finement les aides en direction d’un million d’agriculteurs parmi les plus productifs, libérant ainsi des fonds publics pour financer l’irrigation, la recherche sur l’agriculture durable et des filets de protection pour les petits exploitants vulnérables.

Au total, plus de 40 pays travaillent avec la Banque mondiale — et de plus en plus entre eux — pour améliorer la façon dont l’argent public est investi. Ces réformes orientent près de 13 milliards de dollars de dépenses publiques vers des objectifs plus efficaces : des revenus plus élevés pour les agriculteurs,des systèmes alimentaires plus solides, et la préservation des sols et des écosystèmes.

L’agro-industrie figure d’ailleurs parmi les cinq secteurs que le Groupe de la Banque mondiale a identifiés comme prioritaires pour la création d’emplois, aux côtés des infrastructures et de l’énergie, des soins de santé primaires, du tourisme et de l’industrie manufacturière.

L’Afrique a les moyens de faire de l’agriculture un avantage concurrentiel. Encore faut-il que les gouvernements utilisent plus intelligemment les ressources dont ils disposent déjà — et orientent les dépenses publiques de façon à mobiliser les investissements privés, stimuler l’innovation et ouvrir les marchés à grande échelle.

Si l’Afrique réussit, ses vastes terres agricoles pourraient devenir un pôle d’attraction pour les jeunes talents — et un puissant moteur de croissance — plutôt qu’un endroit que l’on quitte faute de perspectives d’avenir.

Guangzhe Chen

Vice-président, Infrastructure, Banque mondiale

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